dimanche 21 mai 2017

Will Eisner a 100 ans

Will Eisner, détail de la page 5 originale de Gerhard Shnobble,
récit n°432 paru le 5 septembre 1948.

Visiter une exposition de bandes dessinées relève du pèlerinage fétichiste. Les pages exposées sont passées par tant de mains, du dessinateur à l’imprimeur, jaunies, raturées, retouchées, annotées, assemblées et contrecollées, mal éclairées pour les altérer le moins possible, qu’on n’y retrouve rarement ce qui nous avait enchanté à leur lecture.
Restent des souvenirs décousus et un espèce d’authenticité, la « main de l’artiste », propre à cristalliser momentanément notre irrépressible besoin d’admiration.

Will Eisner, né en 1917, est mort en 2005.

Eisner était, narcissisme en moins, une sorte d'Albrecht Dürer de la bande dessinée, maitre absolu du dessin et de la mise en scène (en page) d’un récit, devenu théoricien histoire de recenser et rationaliser tout ce qu’il avait inventé dans l’art graphique, et de gagner sa vie pendant les périodes maigres.

Il est surtout renommé pour les aventures du Spirit, qui au long de 645 récits, parus du 2 juin 1940 au 5 octobre 1952, relatent en 7 pages précisément les tribulations inconsistantes et souvent touchantes d’un justicier masqué, sur le ton caricatural du cinéma de genre des années 1930.
Eisner y pratique avec ironie tous les clichés du film noir, les déforme jusqu’au maniérisme, dans une inventivité graphique et narrative permanente et une joyeuse explosion des codes de la bande dessinée.
Il reconnaissait son admiration pour les films expressionnistes de Fritz Lang, les récits insolites d’Ambrose Bierce et l’univers iconoclaste et déstructuré de Krazy Kat, bande dessinée créée par George Herriman en 1913.

Puis le public, et Eisner probablement, se sont lassés du personnage. Alors Eisner pendant 20 ans s’occupera d’illustrations et de pédagogie, théorisant sur les années de créativité passées.


4 exemples de mise en page d’un
récit séquentiel par Will Eisner.


Au cours des années 1970, le milieu culturel indépendant américain, l’Underground, se prenait de passion pour le Spirit au point de le rééditer quasi intégralement et laborieusement (d’abord Warren puis Kitchen Sink)

Ainsi exhumé, Eisner était récompensé en 1975 par le 2ème grand prix du festival international de bande dessinée d’Angoulême (après Franquin en 1974), et à 60 ans, renaissant, il se mettait à publier de longs récits dessinés « sérieux », que la critique nomma « romans graphiques » pour les distinguer des « comics » pour la jeunesse. Il en obtenait de grands succès d’estime. 

Reconnu alors comme un phare dans l’histoire de la bande dessinée, il sera pendant 30 ans couvert d’honneurs et de prix en tout genre, jusqu’à la grande réédition chronologique en 27 volumes des aventures du Spirit (chez DC Comics), à partir de 2000, et dont il ne verra que les 15 premiers numéros.

Aujourd’hui, sous le prétexte du centenaire de sa naissance, le musée de la Bande Dessinée d’Angoulême lui consacre, du 26 janvier au 15 octobre 2017, une riche et complète exposition mal éclairée (certaines étiquettes sont illisibles). Y sont notamment présentées les 7 pages originales de l’histoire mythique de Gerhard Shnobble, abattu par une balle perdue et dont personne ne saura jamais qu’il savait voler, une des histoires préférées de Will Eisner. 


Will Eisner, détail de la page 7 originale de Gerhard Shnobble,
récit n°432 paru le 5 septembre 1948.

Regret : on ne trouve hélas, traduits en français, que des recueils disparates du Spirit, quelques florilèges, et un certain nombre de courtes tentatives d’intégrale laissées à l'abandon. 

dimanche 14 mai 2017

Fairepart navrant

L'excellent Étienne de La Boétie (ou peut-être est-ce Michel de Montaigne) nous a fait parvenir, après les Russes, les Turcs, et les Américains, des nouvelles de nos amis les Français.
Sous les pompeuses et lourdes trompettes d’un hymne à la joie européenne, ils ont, langue pendante, queue balayant l’air et cou tendu, regardé venir de l’horizon le ridicule petit monarque inculte qu’ils venaient de choisir comme maitre, et lui ont confié le fouet pour leur soumission.

Que leur félicité soit éternelle.  

Martin Van Rode, Saint Michel et le dragon,
flèche de l’hôtel de ville de Bruxelles.

jeudi 4 mai 2017

Les Le Nain et le Maitre des Jeux

Les trois toiles du mystérieux Maitre des Jeux,
à l'exposition Le Nain, Lens 2017.

On sait peu de choses des peintres des siècles passés, au moins jusqu’au 19ème. Les musées sont remplis de leurs œuvres mais leur histoire est une énigme. Il suffit d'y piocher au hasard, on n’y trouve que des mystères. Et le mystère se vend bien.
Nous parlerons donc du « Mystère Le Nain » puisque c’est le titre de la grande exposition organisée par le Louvre à Lens et consacrée à ces trois frères, peintres à Paris au milieu du 17ème siècle, et qui signaient d'un laconique « Le Nain ».

On s'attendait donc à des révélations, des découvertes sensationnelles, 39 ans après la grande rétrospective Le Nain de 1978 à Paris.
En fait, rien de bien nouveau.
Il y a dans la production des frères Le Nain, comme on le savait déjà en 1978, quelques tableaux superbes, d’une main virtuose, représentant des paysans pensifs à la pose un peu empruntée, attribués à un certain Louis mort en 1648, et puis d'autres tableaux assez moyens et parfois médiocres donnés à Antoine mort en 1648 ou à Matthieu mort en 1677. L'affaire se complique un peu quand les experts voient dans certains tableaux les mains de deux des trois frères.
Tout cela n’a pas vraiment changé et les attributions valsent encore comme elles le faisaient en 1978, au point que la même exposition présentée en 2016 aux États-Unis, à Fort Worth puis San Francisco, n'a pas fait l'objet du même catalogue qu’à Lens, tant il y avait de désaccords entre les commissaires d'exposition. Comme le raconte monsieur Rykner dans La Tribune de l’Art, nombre de tableaux on changé de prénom, voire de nom de l’auteur, en traversant l'Atlantique.

Le « mystère » de la signification de leurs tableaux n’est pas nouveau non plus. On savait que leurs représentations de paysans étaient soigneusement fabriquées en atelier, avec des modèles, des objets et des animaux qu'on retrouve au long de leurs œuvres, et qu'ils répondaient à une mode que les frères avaient sans doute créée et qui mélangeait la rigueur d’une inspiration peut-être religieuse à l’influence des peintres de paysans flamands et hollandais.

En réalité, le seul mystère un peu neuf, pour l’amateur négligent qui en était resté au catalogue de 1978, c’est l’existence et l’identité du Maitre des jeux.
En 1978, peu après la rétrospective, certains tableaux magnifiques, dont l’admirable « Danse d’enfants au joueur de pochette » et les « Joueurs de trictrac », qui étaient alors considérés comme des chefs d’œuvre des Le Nain, furent inopinément attribués à un peintre flamand et inconnu qui aurait travaillé à Paris à la même époque. En raison des thèmes de ses tableaux il fut appelé le « Maitre des jeux ».
Aujourd’hui encore, à part une poignée de tableaux au style semblable éparpillés sur la planète à Cleveland, Paris, Toledo, Cologne ou Reims, on n’en sait pas plus sur cet obscur peintre anonyme.

Les organisateurs de l’exposition ont eu l'excellente idée de consacrer une place importante à une quinzaine de tableaux donnés hier encore aux Le Nain, dont trois toiles de ce mystérieux « Maitre des jeux ».
Et on comprend, à la contemplation de ses scènes où les gestes et les regards sont suspendus, isolés, découpés dans l’espace comme dans le temps, qu’ils aient été pendant plus de deux siècles considérés parmi les plus beaux tableaux des Le Nain.

On peut les voir à Lens pendant deux mois encore.


Le Maitre des Jeux, Danse d'enfants
Cleveland museum of art (attribué au cercle des Le Nain)

Le Maitre des Jeux, Danse d'enfants au joueur de pochette
Belgique, collection particulière

Le Maitre des Jeux, Repas de famille
Toledo museum of art

jeudi 20 avril 2017

La vie des cimetières (76)


Comme là-bas, près d'Arles où le Rhône s'endort, ...
on voit de vastes champs parsemés de tombeaux.
... Les couvercles pourtant demeuraient relevés,
et l'on en entendait de si tristes soupirs,
que l'on comprenait bien leur deuil et leur misère.


Dante Alighieri - Divine Comédie 1. L'Enfer

Quand un cimetière est devenu très vieux et qu’on n’y enterre plus personne mais que le curieux ou le flâneur le visitent encore pour ses allées ombragées et ses propriétés digestives, il devient une « nécropole ».
C’est toujours un lieu avec des monuments funéraires, des sarcophages et des tombes, mais les reliques humaines, s’il en reste, sont si poussiéreuses, si éloignées dans le temps qu’elles ne sont plus vraiment humaines. On creuse, les déloge, les examine avec d’infinies délicatesses pour ne pas les casser, on imagine leur passé, puis on les repose et on referme le tout. Elles sont parfois séparées de leurs proches et rangées dans une boite étiquetée au fond d’un tiroir dans un musée local.

La nécropole des Alyscamps d’Arles, dans les Bouches-du-Rhône, est de ces cimetières antiques qui ont inspiré tous les fantasmes depuis 2000 ans.
Lieu de sépulture de quelques saints et martyrs chrétiens, de pèlerinage fétichiste et de divers miracles, on raconte que dès le 5ème siècle on venait de très loin, déjà mort, par le Rhône, pour y être inhumé, moyennant rétribution.
Ses ruines disparates et ses alignements de sarcophages profanés de longue date ont inspirés poètes et peintres, de Dante Alighieri dans l'Enfer à Van Gogh, Gauguin et Vallotton qui ont quelquefois installé leur chevalet à l’ombre des platanes, des peupliers et des cyprès.

De nos jours on vous demande 4 ou 5 euros pour déambuler parmi les ruines et les tombes. On peut aussi le faire virtuellement en bas de cette page.




vendredi 14 avril 2017

Un président con comme la lune

L’humanité abonde en malheureux que leur égocentrisme égare dans les labyrinthes de la paranoïa. Quand le mal atteint un citoyen quelconque, le dédale qui le perd le conduira chez les adeptes des théories complotistes, qui proposent des solutions simplistes à tout ce qu’il ne comprend pas.
Mais le mal touche parfois des caractères plus aventureux, plus pugnaces, et l’histoire finit alors le plus souvent dans la rubrique des faits divers crapuleux et sur les bancs des cours d’assises, quand elle ne finit pas dans les pages les plus sombres des livres d’Histoire, au rayon des théoriciens diaboliques et des politiciens psychopathes.
C’est pourquoi il est déconseillé d’humilier un enfant, ou un adulte fragile. Mortifié, diminué dans son amour-propre, dans sa raison d’exister, il ruminera sa rancune qui ne sera jamais oubliée. Et peut-être aura-t-il un jour le pouvoir de nuire.

Le 30 avril 2011, au diner annuel des correspondants de la Maison-Blanche, le président des États-Unis faisait éclater de rire un parterre de courtisans en humiliant, pendant de longues minutes, un milliardaire héritier et animateur d’une émission de télé-réalité, qui avait mis en doute la naissance aux États-Unis du président, le suspectant d’être né en Afrique.

5 ans plus tard le milliardaire fou devenait président des États-Unis.
Et il a commencé à mettre en pratique ses croyances incohérentes, notamment dans les théories climatosceptiques, en nommant à la tête de l’Agence de Protection de l’Environnement (EPA) un défenseur des énergie fossiles financé par des compagnies pétrolières et gazières, et qui pense comme lui que le réchauffement de la planète par les activités de l’homme est un canular d’intellectuels.
Puis il a nommé des amis milliardaires réactionnaires et racistes aux principaux postes de l’administration et a proposé au Sénat américain un budget approprié à ses convictions, avec une baisse de 31% de la dotation à l’environnement, une suppression du budget de la culture et une augmentation de 35% de celui de l’armement.
Pas à pas il annule les modestes avancées du précédent président. La revanche est en route.

Lors du discours d’humiliation du 30 avril 2011, le président, qui venait d’apporter la preuve de son origine indigène, concluait en déclarant que son contradicteur pourrait dorénavant se consacrer aux vrais problèmes, par exemple « Est-ce que l’alunissage en 1969 était une simulation ? », ou encore « Qu’est devenu l’extraterrestre de Roswell ? ».
Or sur la première question, la marche sur la Lune, on trouve désormais sur internet l’ensemble des photographies prises par les astronautes des missions Apollo, dont Apollo 11 et les suivantes, qui ont foulé le sol lunaire, soigneusement répertoriées, y compris les clichés ratés, flous, brulés, mal cadrés.
Il est inutile de souhaiter du courage aux sceptiques dans l’examen détaillé de ces 20 000 clichés pour y chercher la preuve de la falsification, car ils ne les regarderont pas ; pour un croyant, les faits n’ont qu’une valeur anecdotique.

Pourtant, s’il est bien un indice de la présence réelle de l’homme sur la Lune, c’est cette photo ci-dessous (et il en existe beaucoup d’autres du même genre) prise pendant la mission Apollo 12, le 19 novembre 1969, et que l’équipe de tournage d’une fiction n’aurait jamais osé filmer, ni même imaginer. Elle montre que partout où il passe, même sur un corps céleste immaculé, si bien intentionné soit-il, l’Homme marque immédiatement sa possession territoriale et son chauvinisme par l’abandon sur place d’une grande variété de détritus, dont un drapeau national.

Les reliefs du passage de l'être humain sur un corps céleste (copyright NASA 1969)

vendredi 7 avril 2017

L'éternel hiver de Fukushima

Dampierre, la centrale nucléaire près de chez vous. 

Le printemps est de retour. Le bord des routes est ponctué de cerisiers et de pommiers en fleurs. Les journaux, quand on les lit un peu vite, ou seulement les titres, diffusent de bonnes nouvelles du Japon. Les habitants de la région de Fukushima sont maintenant autorisés à revenir sur une grande partie des lieux évacués lors de la catastrophe nucléaire de 2011. On pourra bientôt oublier cette tragédie.

Pour prolonger un peu la douceur de cette information, on écoute « Les années lumière », la plus agréable et fiable des émissions de popularisation scientifique en langue française, disponible en balado-diffusion, et qui se penche justement, le 26 mars, sur le retour des exilés de Fukushima. [écouter les minutes 61 à 78

Mais la sociologue interrogée par Yanick Villedieu, Cécile Asanuma-Brice, semble décidée à contrarier l’optimisme officiel.

Elle nous apprend qu’en réalité le nouveau gouvernement japonais, favorable au nucléaire, contraint les habitants à revenir en leur supprimant toutes les subventions au logement attribuées depuis l’évacuation, que toute vie sur place est déraisonnable, qu’il n’y a plus de commerces, de réseaux, de services, que des millions de sacs de terre et de végétaux contaminés sont répartis sur 115 000 sites, qu’il est interdit d’aller en forêt, dans la montagne, au bord des rivières, dans tous ces endroits qui ne peuvent pas être décontaminés, qu’il est déconseillé de manger nombre de produits comme les champignons, les choux, les épinards, et tous les animaux qui les mangent.

Et si cela ne suffisait pas, la sociologue nous avertit que la question n’est pas seulement régionale, mais que Fukushima reçoit, chaque année depuis le drame, des colloques d’experts et d’organismes internationaux qui, constatant qu’évacuer la population était trop couteux, se sont entendus pour multiplier par 20 les seuils de radiations acceptés pour un être humain (qui sont désormais internationalement - directive de l’UE en 2014 - de 20 millisieverts par an), et pour les multiplier par 100 en cas de crise comme l’explosion d’une centrale nucléaire, ce qui réduira dorénavant considérablement la surface des zones dites inhabitables.
Tout cela, elle le détaille également sur son blog

« Fukushima est devenu un terrain d’entrainement pour la gestion du prochain accident nucléaire où qu’il soit », dit-elle. En 17 minutes, madame Asanuma-Brice aura empoisonné notre printemps.

Dehors il s’est mis à pleuvoir.

lundi 27 mars 2017

Cueco, la fin d'un homme discret

Henri Cueco - Brûlures du paulownia été 2003, détail.

Que reste-t-il sur internet d’un peintre relativement inconnu ?

Henri Cueco vient de mourir le 13 mars 2017.
Peintre des collections obsessionnelles, écrivain, philosophe facétieux, on l’avait beaucoup entendu dans les émissions oulipiennes de « divertissements littéraires à contraintes » de Bertrand Jérôme sur la radio France culture, « Les décraqués », quotidiens, et « Les papous dans la tête », hebdomadaires. C’était l’époque, avant 2004, où on y entendait encore Roland Dubillard, Georges Perec, Hervé Le Tellier, Roland Topor, Christian Zeimert, et le génial Jacques Rouxel, émissions d’anthologie conservées jalousement dans les immenses archives de la radio, et rarement partagées.

Il reste un réjouissant abécédaire réalisé en 2010 par Pascal Lièvre et financé par le musée Ingres de Montauban. En 26 entretiens de 2 à 3 minutes, Cueco improvise sur un mot, qu’il découvre à chaque séance, à la fois avec gravité et légèreté.
C’est une leçon de liberté de pensée, qu’on peut prendre à petite dose, une lettre par jour par exemple, sans respecter l’ordre alphabétique, en commençant par dieu, puis yeux, géométrie, vérité, humour, mémoire, quête, toile, peuple, web… On pourra aussi écouter les autres lettres, animal, beauté, couleur, espace, figure, idéologie, joie, kaléidoscope, lumière, narration, organisme, raison, série, utopie, X, et zéro.
L’ensemble complet ordonné se trouve sur le site de Pascal Lièvre.

On trouvera enfin sur Youtube un petit entretien rural de 13 minutes, et quelques tableaux montrés furtivement, comme l’aura été l’existence de cet homme discret.

samedi 18 mars 2017

Monuments singuliers (5)



Le monument aux morts pacifiste de Saint-Appolinaire

Saint-Appolinaire est un petit village sans histoire du département du Rhône dont la courbe démographique a bien du mal à atteindre la barre des 300 habitants. Elle la passait encore en 1911 avant que la « Grande Guerre » de 1914-1918 et la grippe espagnole de 1918-1919 ne réduisent la population de 25%.
On qualifiait cette guerre de Grande sans doute pour le nombre de morts, près de 20 millions, et on qualifiait la grippe d’espagnole car c’était le seul pays dont l’information sur la pandémie n’était pas censurée et dont les chiffres étaient connus. Avec ses 60 millions de morts on aurait pu l’appeler la Grande Grippe.

Un jour de 1977 le nouveau maire fit ériger à Saint-Appolinaire un modeste monument aux morts, une stèle de granit rose sur laquelle on égrena le nom des 25 « victimes de la guerre » conservés jusqu'alors sur une plaque commémorative. Et il y avait seulement 15 noms de famille. Les frères avaient été enlevés l’un après l’autre.
On grava en bas un aphorisme extrait des Cahiers de Paul Valéry qui exprimait clairement la réprobation amère et pacifiste des commanditaires du monument « La guerre est le massacre de gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui eux se connaissent, mais ne se massacrent pas ».

La citation est habituellement masquée par un bac de géraniums ou pélargoniums, parfois de pensées, mais le maire accepte sans hésitation qu’on le déplace momentanément pour la photographier, si on parle de sa commune.


mardi 14 mars 2017

Vermeer au Louvre, prêts pour un record ?

Le musée du Louvre exhibe actuellement 12 Vermeer, parmi d’autres merveilles.
Il a justifié le chaos des réservations et de l’accueil des visiteurs en déclarant que 9400 personnes étaient venues pour voir l’exposition le jour de l’ouverture, 22 février 2017. Il n’affirme pas qu’elles l’ont vue, mais qu’elles « se sont présentées », car l’aire du hall Napoléon consacrée aux expositions temporaires ne peux pas accueillir autant de visiteurs. Les plus gros triomphes du Louvre font état de pics entre 4000 et 5000 visiteurs, certains jours.

Laissons-nous aller à un petit calcul récréatif.

Les toiles de Vermeer seront exposées du 22 février au 22 mai, soit pendant un total de 856 heures, à raison de 4 jours de 9 heures et 2 jours de 12h45 par semaine, et en tenant compte des nocturnes supplémentaires promises pour calmer les irritations.
Supposons qu’un visiteur stationne 1 minute et 20 secondes devant chaque tableau (c’est une moyenne), soit 1h30 par visite. 856 heures d’exposition autoriseront ainsi 570 visites de 90 minutes (856 / 1,5).

Il reste à déterminer le nombre de visiteurs simultanés.

Les normes de sécurité (notamment incendie) dans les lieux recevant du public, musées ou expositions, interdisent de dépasser une personne pour 5 mètres carrés accessibles au public, sauf autorisation d’une commission de sécurité.
Dans le cas du hall Napoléon du Louvre, l’aire d’exposition faisant 1350 mètres carrés, la moitié étant dévolue aux 45 immenses toiles de Valentin de Boulogne, l’autre moitié, dédiée aux 70 petits tableaux de l’exposition Vermeer, ne devrait donc pas accepter plus de 135 visiteurs en même temps.

Ainsi, en respectant les normes de sécurité, 77 000 personnes seulement verraient les Vermeer (570 x 135), dans des conditions acceptables pour une admiration sereine, à raison de 2 personnes en permanence devant chaque tableau.

Si le Louvre se permet quelque liberté avec les normes, histoire de se rétablir un peu après sa mauvaise année 2016, et autorise en permanence 5 personnes devant chaque tableau, 3 au premier plan et 2 derrière qui regardent dans l’espace entre leurs épaules, alors 200 000 personnes verront les Vermeer, soit 2100 à 3000 par jour.
C’est la limite haute des grands succès du Louvre (n’oublions pas que les records affichés de 4000 à 5000 visiteurs par jour valent pour l’ensemble de la surface disponible, dont l’exposition Vermeer n’occupe que la moitié). Parmi ces 200 000 personnes, nombreuses sont celles qui auront du mal à apercevoir les 12 Vermeer, tant ils seront monopolisés.

Enfin, la plupart des œuvres mesurant moins d’un mètre en largeur, cadre compris, et l’écartement qui les sépare étant encore moindre, toute configuration qui excèderait 200 000 personnes (5 par tableau) ne permettrait pas aux couches supplémentaires de spectateurs de voir les œuvres. Pourtant si l’on s’appuie sur les 9400 prétendants du premier jour, on peut sans risque estimer qu’au moins 750 000 fanatiques seraient prêts à se lancer dans l’aventure hautement aléatoire d’une visite de l’exposition (voir les 1 200 000 en 4 mois et demi qui ont visité la collection Chtchoukine).

En conclusion, le Louvre a organisé, dans un espace pouvant accueillir dans les pires jours 2000 à 2500 personnes, une exposition dont il a fait une abondante promotion et dont il savait pertinemment que la même exposition à l’Orangerie de Paris en automne 1966 (« Dans la lumière de Vermeer » réunissait également 12 Vermeer) avait attiré 6000 visiteurs par jour.
On pourrait rappeler à ces organisateurs-nés l’humilité du musée Mauritshuis de La Haye qui en 1996, dès les premiers jours de la grande rétrospective qui regroupait 23 Vermeer (et 400 000 amateurs, près de 5000 par jour), avait en quelques heures réaménagé et augmenté d’un quart la surface de l’exposition, sous la pression des visiteurs.

Mais ne rêvons pas, tout a été au Louvre tellement sous-dimensionné qu’il n’y a plus rien à faire, et il serait impensable d’interrompre brutalement et reporter l’exposition jumelle de l’infortuné Valentin de Boulogne, même si elle ne voit certainement passer quasiment aucun visiteur, les amateurs étant empêchés ou découragés par la désorganisation du système commun de réservation.

Autre exemple de gestion brillante de l’accueil des visiteurs dans un musée parisien, en 2012 le musée d’Art moderne ferme pendant la rétrospective Robert Crumb, en ne prévenant quasiment que par affichage sur place.

jeudi 9 mars 2017

La vie des cimetières (75)

Le tombeau du facteur Cheval par le facteur Cheval, 
au cimetière de Hauterives dans le département de la Drôme.

C’était l’époque des colonies françaises de Cochinchine, de la redécouverte des temples exubérants de l’Inde et de l’empire khmer dont les gravures envahissaient les magazines illustrés comme le « Magasin Pittoresque », encyclopédie populaire que l’administration des postes et télégraphes distribuait aux abonnés.

C’était l’époque où Ferdinand Cheval, simple facteur mégalomane, transcendait l’art du « nain de jardin » en édifiant lentement dans sa cour un énorme temple de pierre et de ciment, débordant d’enjolivures de « style nouille » et d’aphorismes candides. Il l’appelait le « Palais idéal » et aurait souhaité y être enterré, ce que la loi interdisait.
Alors exalté par le succès touristique de l’ouvrage de sa vie il achetait une concession au cimetière du village et y édifiait son propre tombeau, durant 8 ans, dans le style naïf et luxuriant qui avait fait sa renommée.

Depuis, le monument est devenu historique et la concession perpétuelle. Le village de Hauterives entretient soigneusement le Palais, le mausolée, et les 150 000 visiteurs qui s’y rendent tous les ans.




vendredi 24 février 2017

Les 12 Vermeer que nous ne verrons pas

Les 12 Vermeer (voir le détail en fin de chronique)

En juillet 2015 le Louvre, par le moyen du concept de « billet unique », maquillait une augmentation de 25% du prix de l’entrée au musée. Ce nouveau billet donnait désormais droit à la visite, le même jour, des collections permanentes et de toutes les expositions ouvertes.

Depuis, le Louvre n’avait pas encore organisé d’exposition « qui cartonne », de ces expositions où le visiteur ne peut acheter son billet qu’en le réservant à l’avance et en précisant l’heure de sa venue, afin de réguler le déferlement prévu des foules de visiteurs.
Or c’est ce qui arrive depuis le 22 février et jusqu'au 22 mai avec l’exposition « Vermeer et les maitres de la peinture de genre », exhibition promise à tous les records de fréquentation qui regroupe presque un tiers des tableaux de Vermeer (ce qui n’en fait cependant que 12, dont certains plutôt douteux).
Et on réalise soudain, avec les responsables du  musée certainement, que le système de réservation horaire n’a plus aucun sens lors de l’achat d’un billet unique puisque le visiteur peut décider une fois sur place d’aller voir ou non l’exposition, et à n’importe quelle heure. Toute anticipation des flux est devenue impossible.

Alors le Louvre, qui doit respecter les règles de sécurité qui imposent un nombre maximum d’humains (500 dit-on) en même temps dans une exposition, a mis en place une stratégie géniale en 3 étapes simples :

1. Le client réserve sur internet son entrée dans l’enceinte du musée. Il précise la demi-heure de son arrivée, durant laquelle il stationnera alors dans la première file d’attente, sans abri. Au-delà de cette demi-heure, en cas de retard, le client redeviendrait du bétail qui n’a pas réservé et retournerait dans la file d’attente des infortunés, qui peut durer plusieurs heures. Notons que le billet acheté en ligne accuse une hausse de 42%, à 17 euros. Les privilèges se payent.

2. Une fois dans l’enceinte du musée, clients ou bétail se plantent derrière une nouvelle file d’attente, cette fois pour réserver un créneau horaire de visite de l’exposition. On peut supposer qu’elle sera un peu moins longue que l’attente passée sous la pluie puisque les visiteurs venus voir les collections permanentes auront été écrémés.

3. Enfin, à l’expiration de cette deuxième attente, c’est face à la personne préposée à la distribution des horaires de disponibilité de l’exposition que le visiteur connaitra enfin son sort en apprenant à quelle heure il pourra espérer voir ses Vermeer. Et là, aucune prévision n’étant possible, cette troisième attente sera plus ou moins longue, c’est selon... Faisons confiance à la puissance organisatrice des gestionnaires de l’établissement public administratif du Louvre.

Et ne parlons pas du touriste un peu connaisseur qui était venu pour l’exposition simultanée consacrée au peu connu et caravagesque Valentin de Boulogne, qui n’a pourtant rien d’une exposition qui cartonne. Au milieu de ce cataclysme, il y a longtemps qu'il se sera immolé.

Quelques heures ont passé…

Allons bon, au moment de mettre sous presse, un article de Monsieur Rykner signale que dès le jour d’ouverture des deux expositions les réservations pour l’entrée dans l'enceinte du musée sont déjà complètes jusqu’au jour de leur fermeture, et que du bétail qui a déjà réservé et réussi à entrer dans le musée peut se voir refuser l’entrée à l’exposition pour laquelle il avait payé. D'ailleurs le service de billetterie officielle en ligne est indisponible aujourd'hui « en raison d'un problème technique », ce qui n'est pas grave puisqu'il ne sert à rien.

Finalement, pour une des rares fois que Ce Glob est Plat décide de parler d’une exposition qui est encore visible, elle ne l’est plus.

Alors pour nous consoler, voici donc sur l'illustration plus haut les 12 Vermeer exceptionnellement réunis à Paris et que nous ne verrons pas, sauf à poireauter dans une file d’attente sans abri pendant des heures sans garantie de pouvoir finalement entrer.
Vous y trouverez, dans le sens occidental de lecture, deux femmes et une lettre, la peseuse, la yaourtière, la dentelière, la lettre interrompue, le collier, un géographe, un astronome, un luth, une allégorie, une viole de gambe, un virginal, auxquels il faudrait ajouter deux Ter Borch d’Amsterdam (Femme au miroir et la célèbre Conversation galante), un Ter Borch de La Haye (Femme écrivant une lettre), deux Metsu de Dublin (Homme écrivant une lettre et Femme lisant une lettre), des Gérard Dou et une cinquantaine d’autres choses palpitantes.

Et réservons une pensée attristée pour le pauvre Valentin de Boulogne, dommage collatéral qu’on ne pourra sans doute pas visiter non plus.


Mises à jour : Le chaos dû à l'incurie du Louvre prenant de l'ampleur, vous trouverez ici régulièrement mis à jour des liens vers les articles et témoignages significatifs sur le sujet : 
25.02. Les mésaventures d'un visiteur pourtant privilégié où l'on apprend que la 3ème attente peut durer 5 heures !
25.02. Une description du désastre dans un journal sérieux (attention, pour excuser la négligence du musée on commence à rendre le public responsable, qui viendrait en trop grand nombre). 
27.02. Pour qu'il ne reste aucun souvenir de ce fiasco le Louvre interdit (parfois violemment) aux veinards qui visitent de photographier les œuvres des deux expositions. Calimaq en profite pour rappeler en détail et avec force arguments juridiques que cela constitue un abus de pouvoir administratif et que le Louvre agit dans la plus parfaite illégalité.   
27.02. Dans un communiqué farci de contrevérités le Louvre reconnait (implicitement) ses erreurs et déclare travailler maintenant à la mise en place des réservations obligatoires en ligne avec créneaux horaires, ce qui aurait dû être fait depuis des mois. Il reste à savoir combien de temps leur sera nécessaire pour développer cette simple fonction. 
28.02. Sur le site de Libération, un article synthétique mais complet et détaillé sur l'autorisation de photographier dans les expositions temporaires reprend l'essentiel de l'argumentaire de Pierre Noual sur S.I.Lex le blog de Calimaq.
28.02. Sur le site du Parisien, organe beaucoup lu, un petit article désagréable et raffiné (à propos de la Laitière, « le Louvre patine dans la semoule ») le journal rapporte que la réservation des billets en ligne devrait reprendre aujourd'hui...  
01.03. Dans le nouveau numéro 39 de Grande Galerie, le journal du Louvre, le président du musée claironne dans son éditorial sur la révolution de l'accueil des visiteurs opérée au Louvre en 2016. Prémonitoire !
02.03. Le Figaro du 28.02 a obtenu des informations sur les nouvelles modalités de billetterie. Et elles ne sont pas vraiment claires. Le site de réservation en ligne rouvrirait le lundi 6 mars. On pourra cette fois réserver un créneau horaire d’entrée dans l’exposition (mais laquelle, Vermeer ou Valentin, ça n’est pas précisé. Espérons pour les amateurs de Valentin que la distinction sera faite à ce moment). Cependant cette réservation n’empêcherait pas, d'abord la file d’attente à l’extérieur du musée, puis la deuxième file dans le hall du musée, mais qui serait limitée à 45 minutes, promesse du Louvre. On ne voit pas du tout comment cela peut s’agencer si la réservation n’est pas un coupe-file d’entrée dans l’enceinte du musée !
05.03. Hier samedi Monsieur Hasquenoph (LouvrePourTous) faisait paraitre un sidérant récapitulatif du fiasco du Louvre. On y lisait les mots incompétence, illégalité, chaos total, effarement, pagaille, pratique commerciale trompeuse, scandaleux, plaintes, remboursement, et enfin préavis de grève. Car il dévoilait, pour ajouter au désastre, qu'un préavis de grève reconductible du personnel du musée, qui se sent dans l'insécurité et subit des agressions de la clientèle en raison du manque d'organisation, a été déposé pour le 10 mars (et peut-être les 7 et 8 mars). 
Néanmoins le Louvre a mis en ligne hier le nouveau mode de réservation (présenté plus haut le 2 mars et prévu pour le 6) mais le site était submergé et inaccessible quasiment toute la journée. Aujourd'hui l'achat de billets est possible et confirme que la solution est encore défectueuse, notamment parce que la méthode des files d'attente consécutives n'a pas beaucoup changé, parce que la réduction des délais n'est qu'une promesse, et parce que l'exposition Valentin est toujours solidaire de Vermeer et que les amateurs qui auraient envie de la voir seront probablement découragés par la longue attente et les difficultés d'accès. Et les salles Valentin resteront certainement presque vides.     
09.03. La Tribune de l'art relatait hier un fait sidérant : un étudiant était évacué par la police dans la plus parfaite illégalité parce qu'il photographiait dans l'enceinte de l'exposition Vermeer !
 
On ne regrettera pas trop d'avoir manqué ce tableau, récemment reconnu du bout des lèvres par les experts comme un Vermeer. Alors un Vermeer inachevé, qu’on aurait sorti de sa poubelle et retapé grossièrement pour lui donner une apparence convenable.

mardi 21 février 2017

Erratum et autres précisions

À la lumière d’un article de fraiche date du journal Le Monde, revenons brièvement sur le problème de la fréquentation des musées et monuments parisiens et franciliens en 2016.

Notre dernière chronique sur le sujet avait laissé une désagréable impression d’inachevé. Nous n’avions pas trouvé d’explication au succès à contre-courant du Centre Pompidou face à l’effondrement de la fréquentation des autres institutions incontournables que sont le Louvre, le musée d’Orsay et le château de Versailles.
Or le journal Le Monde, très informé, connait les raisons de cette réussite du Centre Pompidou. C’est grâce à « une belle programmation » écrit-il, en citant quelqu’un qu’il ne nomme pas, mais qui ne peut être qu’un responsable directement concerné par l’organisation des expositions du Centre Pompidou, et qui tape allègrement sur ses collègues des autres musées, sous-entendant que s’ils avaient organisé de belles expositions, ils n’en seraient pas là.
Alors est-ce qu’exposer Paul Klee et Gérard Fromanger à Beaubourg est plus méritoire qu’Hubert Robert et Bouchardon au Louvre, ou le Douanier Rousseau et Charles Gleyre au musée d’Orsay ? On laissera le lecteur en juger.

Et puis, appréciable consolation puisqu’il représente 20% du marché, le tourisme d’affaires, curieusement insensible à la crise et aux menaces du terrorisme aura explosé tous ses records en 2016. On attend la perspicacité du Monde pour en déchiffrer les raisons les plus secrètes.

Enfin corrigeons une erreur de notre chronique de janvier. Versailles n’aurait perdu que 10% de ses visiteurs, alors que nous avions annoncé 15%. Ce qui rend d’autant plus méritoire la mesure, prise dès le 1er janvier 2017 par l’établissement public, d’augmenter les tarifs d’entrée de 20%. C’est ce qu’on appelle une sage prudence.


Exposée dans la vitrine d’un sombre couloir du Louvre, cette sainte sculptée dans l’atelier de Charles Hoyau vers 1640 voit rarement s’arrêter un visiteur, malgré de visibles attraits. Et on ne peut  que compatir à la mélancolie de son regard désabusé en songeant que Mona Lisa, la Joconde, à quelques mètres de là, a été aperçue, derrière sa vitre blindée et sa distance de sécurité, plus de 7 millions de fois en 2016. 
Le site du musée déclare que la pauvre sainte n’est plus exposée aujourd’hui. Il ne serait pas surprenant qu’elle en soit arrivée à un geste désespéré.

dimanche 19 février 2017

L'éclipse totale de Châteaudun


Quelques minutes avant l’éclipse totale.

Châteaudun est une ville du département de l’Eure-et-Loir dotée d’un héritage culturel digne des blogs les plus exigeants et les plus éclectiques.

On y verra un singulier monument aux morts où un soldat devenu fou pointe son fusil sur la population (nous en reparlerons un jour), un cimetière fantastique où des centaines d’avions militaires démembrés agonisent en rouillant (nous y reviendrons un jour), sans parler des immémoriales grottes du Foulon qui minent les fondations de la ville et du centre pénitentiaire dont l’air purifié est très apprécié dit-on des visiteurs originaires de la région parisienne.

Et cependant la charmante petite ville est abandonnée par les médias. Aucun journal local, en effet, n’aura dit mot de la récente éclipse totale qui passait au bout du grand cimetière de la rue du Champdé, sur la façade solitaire de Notre-dame-du-Champdé, construite en 1519 et détruite en 1878, par la foudre.


Le moment émouvant de l’éclipse totale.

mardi 14 février 2017

La vie des cimetières (74)

Encore quelques instants de vie quotidienne au cimetière monumental Staglieno, à Gênes, en Ligurie